User Tools

Site Tools


paris_yank:go:nice:art_and_culture_of_nice

This is an old revision of the document!


Musique et Compositeurs à Nice

Nice occupe une place singulière dans l'histoire musicale européenne. Carrefour entre l'Italie et la France, ville de villégiature pour l'aristocratie et les artistes de toute l'Europe dès le XVIII^e siècle, elle a accueilli certains des plus grands noms de la musique classique, nourri des talents locaux remarquables, et forgé une vie musicale institutionnelle durable. Du baroque niçois au jazz contemporain, en passant par les grands visiteurs romantiques, la cité des Anges résonne d'une histoire musicale d'une richesse peu commune.

Le Quartier des Musiciens, situé entre le boulevard Victor-Hugo et la gare, doit son nom à cette tradition : ses rues portent les noms de Debussy, Chopin, Verdi et Mozart, témoignant du rôle central de la musique dans l'identité de la ville.

I. Les Origines : Musique Baroque dans le Comté de Nice

La vie musicale niçoise plonge ses racines dans la période baroque. C'est à Nice, en 1538, lors de la rencontre historique entre le pape Paul III, l'empereur Charles-Quint et François I^er, qu'apparaît pour la toute première fois dans l'histoire de la musique le terme de violino (violon).1) Ce détail anecdotique révèle l'importance stratégique et culturelle que Nice occupait déjà au cœur de l'Europe musicale renaissante.

Parmi les compositeurs niçois de cette époque, il faut citer Stefano Rossetti (XVIe siècle), l'un des rares à avoir laissé son nom dans les annales locales. La pratique des orgues était également foisonnante : en 1789, le roi Victor-Amédée accordait à Honoré Grinda, facteur d'orgues niçois formé à Turin, le titre officiel de facteur d'orgues avec mission de former des élèves. Avec son frère Antoine, également facteur de pianoforte, Grinda construisit entre 1790 et 1793 trois instruments à Villefranche, L'Escarène et Clans, aujourd'hui restaurés.

L'ensemble des orgues baroques des Alpes-Maritimes constitue un témoignage instrumental exceptionnel de la vie musicale régionale, avec des instruments remarquables à Tende, La Brigue, Saorge, Sospel et Saint-Étienne-de-Tinée.


II. Les Grands Visiteurs : Nice Inspire et Accueille

Niccolò Paganini (1782–1840)

Le plus célèbre virtuose du violon de tous les temps choisit Nice pour y finir ses jours. <fc #800000>Niccolò Paganini</fc>, né à Gênes le 27 octobre 1782, est considéré comme l'un des piliers de la technique violonistique moderne. Son influence sur les compositeurs qui lui succédèrent — Liszt, Schumann, Brahms, Rachmaninov — est considérable.2)

Après l'échec financier de son casino parisien en 1836, la santé de Paganini se détériora gravement. Il quitta Paris à Noël 1838 pour Marseille, puis gagna Nice où il s'éteignit le 27 mai 1840, à l'âge de 57 ans, des suites d'une hémorragie interne. Sa mort à Nice fut entourée d'une dramaturgie singulière : refusant les derniers sacrements qu'il croyait prématurés, il mourut sans prêtre, ce qui conduisit l'Église à lui refuser une sépulture catholique pendant plusieurs années. Son corps ne fut finalement inhumé qu'en 1876, à Parme.

Œuvres majeures
24 Caprices pour violon seul (Op. 1) 1802–1817
Concerto pour violon n° 1 1818
Sonate pour violon et guitare, Mosè 1818
Six quatuors pour violon, alto, violoncelle et guitare

Hector Berlioz (1803–1869)

Hector Berlioz, le grand rénovateur de l'orchestre français, séjourna à Nice à plusieurs reprises et y trouva un havre de sérénité. C'est dans la villa qu'il y occupait qu'il composa et révisa certaines de ses pages les plus importantes. Nice lui inspirait une paix créatrice qu'il trouvait difficilement ailleurs, et le Quartier des Musiciens lui rend hommage à travers le nom de l'une de ses rues.

Piotr Ilitch Tchaïkovski (1840–1893)

Tchaïkovski effectua plusieurs séjours à Nice, attiré comme tant d'autres artistes russes par la douceur du climat méditerranéen et la colonie russe très présente sur la Côte d'Azur. Ces séjours s'inscrivent dans une longue tradition de villégiature hivernale qui fit de Nice, au XIX^e siècle, un véritable salon musical cosmopolite.

Igor Stravinski (1882–1971)

L'un des compositeurs les plus importants du XX^e siècle, Igor Stravinski s'installa à Nice en septembre 1924, y acquérant une maison qu'il appela la Villa des Roses. Sa famille y résida jusqu'en 1934, date à laquelle les Stravinski prirent la nationalité française et se fixèrent à Paris.3)

La décennie niçoise correspond à l'une des périodes les plus fécondes du compositeur : c'est à Nice et depuis Nice qu'il élabora plusieurs œuvres majeures de sa période néoclassique, notamment l'opéra-oratorio Oedipus Rex (1927) et les ballets Apollo (1928) et Le Baiser de la fée (1928). C'est également à Nice qu'il vécut une crise spirituelle profonde, se liant d'amitié avec le père Nicolas, un prêtre orthodoxe russe, et retrouvant la foi chrétienne qui allait désormais marquer son œuvre.

Œuvres composées ou achevées durant la période niçoise (1924–1934)
Concerto pour piano et instruments à vent 1924
Sérénade en la 1925
Oedipus Rex 1927
Apollon musagète 1928
Le Baiser de la fée 1928
Symphonie de Psaumes 1930
La présence de Stravinski à Nice à partir de 1924 est contemporaine de la construction du Palais Jacqueline (1924), témoignant du dynamisme architectural et culturel que connaissait la ville à cette époque.

III. Talents Niçois : Nés ou Formés à Nice

Eugène Bozza (1905–1991)

Eugène Bozza naquit à Nice le 4 avril 1905 et devint l'un des compositeurs français les plus prolifiques du XX^e siècle pour les instruments à vent. Violoniste de formation, il dirigea l'Opéra-Comique de Paris de 1948 à 1950 et fut directeur du Conservatoire de Valenciennes jusqu'en 1975, ville où il s'éteignit en 1991. Son œuvre comprend plus de deux cents pièces, dont de nombreuses études et pièces de concert pour hautbois, clarinette, flûte, trombone et saxophone, qui figurent encore aujourd'hui dans les programmes des conservatoires du monde entier.

Samson François (1924–1970)

Figure de légende du piano français, Samson François est né à Francfort en 1924 mais c'est à Nice qu'il reçut sa formation déterminante : il étudia au Conservatoire de Nice de 1932 à 1935, y remportant un premier prix à l'âge de onze ans, avant d'attirer l'attention d'Alfred Cortot lors d'une tournée de celui-ci en ville.4) Envoyé à Paris, il entra dans la classe de Marguerite Long au Conservatoire National et remporta le premier prix du Concours Long-Thibaud en 1943.

Pianiste au tempérament bohème et romantique, surnommé « Samson de la nuit » pour ses escapades nocturnes dans les clubs de jazz parisiens, François laissa des enregistrements de Chopin, Debussy et Ravel qui comptent parmi les références absolues de la discographie. Il composa également un Concerto pour piano (1951) et des musiques de film.

Barney Wilen (1937–1996)

Barney Wilen — de son vrai nom Bernard Jean Wilen — est né à Nice le 4 mars 1937. Saxophoniste ténor et soprano d'une sensibilité exceptionnelle, il est l'une des figures majeures du jazz européen de l'après-guerre. Issu d'une famille franco-américaine, il commença à jouer du saxophone pendant les années de guerre passées aux États-Unis, et dès son retour à Nice, adolescent, il anima les clubs locaux avant de rejoindre Paris à seize ans.

Sa carrière connut un tournant mondial en 1957, lorsqu'il participa à l'enregistrement de la bande originale du film Ascenseur pour l'échafaud de Louis Malle, sous la direction de Miles Davis.5) Deux ans plus tard, il collabora avec Thelonious Monk et Art Blakey sur la bande originale des Liaisons dangereuses de Roger Vadim. Sa carrière traversa plusieurs phases stylistiques — jazz moderne, rock expérimental, retour au jazz — avant une renaissance dans les années 1980 inspirée par une bande dessinée de Jacques de Loustal, Barney et la note bleue.

Le prix Django Reinhardt de l'Académie du Jazz lui fut décerné en 1957, la même année que son enregistrement avec Miles Davis — un double couronnement remarquable pour un musicien âgé de vingt ans.

Lionel Bringuier (né en 1986)

Chef d'orchestre niçois de renommée internationale, Lionel Bringuier a dirigé les plus grands orchestres du monde avant de revenir dans sa ville natale en tant qu'artiste associé de l'Orchestre Philharmonique de Nice à partir de 2019. En décembre 2023, il a été nommé chef principal de la formation, succédant à Daniele Callegari.6) Chevalier de l'Ordre National du Mérite, il est également lauréat de la Médaille d'or de la Ville de Nice.

Olivier Derivière (né en 1978)

Compositeur de musiques de jeux vidéo, Olivier Derivière est né à Nice en 1978. Ses partitions pour les séries Remember Me, A Plague Tale et autres productions majeures lui ont valu une reconnaissance internationale dans le domaine des musiques interactives.


IV. Les Institutions Musicales

L'Opéra de Nice

L'histoire de l'Opéra de Nice est intimement liée à celle de la ville. Un premier « petit théâtre en bois » fut construit en 1776 par le marquis Alli-Maccarani. Rebaptisé « Théâtre Royal » en 1790, il fut racheté par la ville en 1826 sur les conseils du roi Charles-Félix, qui décida d'en faire construire un grand théâtre à l'italienne. Le nouvel édifice fut inauguré en 1828 avec l'opéra Il Barone di Bolsheim de Giovanni Pacini.7)

La nuit du 23 mars 1881 fut tragique : durant la représentation de Lucia di Lammermoor, un incendie dévastateur, causé par une fuite de gaz, détruisit entièrement le théâtre, faisant plus de 200 victimes. La ville décida immédiatement de reconstruire sur le même site. L'architecte niçois François Aune (1814–1895), dont les plans furent approuvés par Charles Garnier (architecte de l'Opéra de Paris), conçut le nouvel édifice dans une enveloppe de maçonnerie traditionnelle avec une structure de poutres métalliques. Le Théâtre Municipal rouvrit le 7 février 1885 avec Aïda de Verdi.

Depuis lors, l'Opéra de Nice a accueilli les premières françaises de La Vie pour le Tsar de Glinka, Eugène Onéguine de Tchaïkovski, ou encore Manon Lescaut de Puccini. Des divas légendaires s'y sont succédé — Nelly Melba, Emma Calvé, Montserrat Caballé, Barbara Hendricks, Régine Crespin — ainsi que des ténors de légende comme Pavarotti, Domingo et Jonas Kaufmann.

L'Opéra est classé monument historique depuis 1992. Sa salle à l'italienne de 1 073 places reste l'un des joyaux architecturaux du Vieux-Nice.

L'Orchestre Philharmonique de Nice (OPN)

L'Orchestre Philharmonique de Nice fut fondé en 1945 et structuré par la municipalité en 1947. En 1982, il fut restructuré à l'initiative de Jacques Charpentier pour devenir l'OPN sous la direction artistique de Pierre Médecin, avec un effectif porté à 98 musiciens.8) Durant les quinze années qui suivirent, il compta jusqu'à 120 musiciens, lui permettant d'aborder tous les répertoires sur ses propres forces, comme en témoigne son interprétation remarquée de la Tétralogie de Wagner en 1988.

L'OPN assure la saison symphonique et la saison lyrique de l'Opéra de Nice, participe aux spectacles du Ballet Nice Méditerranée, et anime la vie musicale de la ville par des concerts en plein air, des matinées dominicales et des tournées nationales et internationales.

Direction artistique : jalons principaux
Pierre Médecin 1982–1997
Jean-Albert Cartier jusqu'en 1997
Giancarlo Del Monaco 1998–2000
Marco Guidarini 2001–2009
Daniele Callegari 2021–2023
Lionel Bringuier depuis décembre 2023

Le Conservatoire de Nice

Le Conservatoire de Nice a formé des générations d'artistes exceptionnels. Parmi les pianistes qui y ont étudié figurent Samson François, Gabriel Tacchino, Philippe Bianconi et Olivier Gardon ; parmi les violonistes, Christian Ferras et Jean-Jacques Kantorov ; et parmi les organistes, Jacques Taddei.9) Le compositeur Mario Vittoria (1911–1984) y forma à son tour de nombreux compositeurs niçois, dont Alain Fourchotte, Élizabeth Pastorelli et Gilbert Lévy.

L'Ensemble Baroque de Nice

Fondé et dirigé par Gilbert Bezzina, l'Ensemble Baroque de Nice s'est imposé comme l'un des ensembles de musique ancienne les plus réputés d'Europe, avec des enregistrements distribués dans le monde entier. La musicologue et claveciniste niçoise Huguette Grémy-Chauliac a également produit des travaux sur la musique baroque qui font autorité en France et à l'étranger.


V. Nice et le Jazz

Nice est l'une des capitales européennes du jazz. Le Festival de Jazz de Nice fut inauguré en 1948 avec Louis Armstrong comme tête d'affiche, accompagné des légendes européennes Django Reinhardt et Stéphane Grappelli.10) Il s'agit de l'un des plus anciens festivals de jazz au monde.

Chronologie du festival
1948 Première édition au Théâtre de Verdure — Louis Armstrong en tête d'affiche
1971 Reprise au Théâtre de Verdure et au Jardin Albert-Ier
1974 Déménagement aux Arènes de Cimiez — la «Grande Parade du Jazz» sous la direction de George Wein
1994 Renommé «Nice Jazz Festival», ouverture à d'autres genres musicaux
2011 Retour en centre-ville, au Jardin Albert-Ier et au Théâtre de Verdure
2016 Annulé après l'attentat du 14 juillet

Parmi les artistes qui ont marqué l'histoire du festival aux Arènes de Cimiez : Dizzy Gillespie, Art Blakey, Miles Davis, Ella Fitzgerald, Stéphane Grappelli, Carlos Santana, Fats Domino et Chuck Berry. Les allées du jardin de Cimiez portent aujourd'hui les noms des jazzmen qui firent la gloire du festival.

La ville a également abrité une scène jazz locale florissante. C'est à Nice que Barney Wilen adolescent anima ses premiers clubs, avant de partir conquérir Paris. Le festival MANCA (Musique Actuelle Nice – Côte d'Azur), créé par Jean-Étienne Marie, défend quant à lui la création contemporaine.


VI. Musique Nissarde et Patrimoine Occitan

La culture musicale de Nice ne saurait être complète sans mentionner la tradition de la musique nissarde, expression musicale en langue occitane niçoise (le nissart). Des artistes comme Patrick Vaillant, mandoliniste, compositeur-parolier et interprète en occitan niçois, et le groupe Nux Vomica perpétuent cette tradition vernaculaire vivante.

La ville a été inspiratrice de nombreuses chansons : des compositeurs parisiens comme Borel-Clerc (auteur du Petit Vin Blanc) ont créé des pièces évoquant la Côte d'Azur, et des titres comme C'est ma Niçoise ou De Nice à Monte Carlo ont contribué à la légende musicale de la ville.


VII. Personnalités Musicales Associées à Nice

Nom Rôle Lien avec Nice
Niccolò Paganini (1782–1840) Violoniste, compositeur Mort à Nice le 27 mai 1840
Hector Berlioz (1803–1869) Compositeur Séjourna à Nice, y composa
Piotr Ilitch Tchaïkovski (1840–1893) Compositeur Plusieurs séjours hivernaux
Igor Stravinski (1882–1971) Compositeur Résida à Nice 1924–1934, Villa des Roses
Eugène Bozza (1905–1991) Compositeur, chef d'orchestre Né à Nice le 4 avril 1905
Samson François (1924–1970) Pianiste, compositeur Formé au Conservatoire de Nice
Barney Wilen (1937–1996) Saxophoniste jazz Né à Nice le 4 mars 1937
Gilbert Bécaud (1927–2001) Chanteur, compositeur Enfance à Nice
Lionel Bringuier (né en 1986) Chef d'orchestre Né à Nice, chef de l'OPN depuis 2023
Olivier Derivière (né en 1978) Compositeur de jeux vidéo Né à Nice
Christian Ferras (1933–1982) Violoniste Formé au Conservatoire de Nice
The Avener (né en 1987) DJ, producteur Né à Nice (Tristan Casara)

VIII. Lieux Musicaux à Visiter

  • Opéra Nice Côte d'Azur — 4-6, rue Saint-François-de-Paule. Classé monument historique depuis 1992. Visites guidées disponibles. opera-nice.org
  • Jardin Albert-I^er et Théâtre de Verdure — Scène du Nice Jazz Festival depuis 2011, au bord de la Promenade des Anglais.
  • Jardins des Arènes de Cimiez — Ancienne scène de la «Grande Parade du Jazz» (1974–2010). Les allées portent les noms des grands jazzmen. Cadre des amphithéâtres romains.
  • Quartier des Musiciens — Entre le boulevard Victor-Hugo et la gare. Rues Debussy, Chopin, Verdi, Mozart.
  • Musée National Marc Chagall — Accueille régulièrement des concerts de musique de chambre de l'OPN.

Références


Page créée dans le cadre du projet Nice — Musique et Patrimoine culturel

1)
Portail des savoirs des Alpes-Maritimes, La musique baroque dans le comté de Nice, Département 06.
2)
Encyclopaedia Britannica, Niccolò Paganini.
3)
Igor Stravinsky, Music 101, Lumen Learning.
4)
Warner Classics, Samson François — biographie.
5)
Henri Selmer Paris, Barney Wilen.
6)
Opéra Nice Côte d'Azur, Direction de l'Orchestre Philharmonique de Nice.
7)
Opéra Nice Côte d'Azur, Historic.
8)
Wikipedia, Orchestre philharmonique de Nice.
9)
Nice Rendezvous, Musical Life on the French Riviera.
10)
JazzTimes, Review: France's Nice Jazz Festival, 2014.
paris_yank/go/nice/art_and_culture_of_nice.1775284782.txt.gz · Last modified: by parisyank